lundi 3 juin 2013

Le truc

Le truc quand on a passé presque toute sa vie entouré d'alcooliques c'est qu'on les repère très facilement. Pas à leur nez, ni à leur visage, je n'ai pas besoin de les voir, juste à leur odeur, et je pousse le vice jusqu'à savoir l'alcool qu'ils préfèrent pour se mettre la tête à l'envers.
Leader Price, Reims, 16h30, aujourd'hui
Je passe à la caisse, la caissière, je l'aime bien enfin non, en fait j'ai une sorte d'affection pour elle. Elle est arrivée il y a un an souriante, les yeux pétillants et aujourd'hui elle n'est plus que l'ombre d'elle même, aigrie et fatiguée. Le géant du bas prix la tue à petit feu. Il y a un couple derrière moi, d'habitude je regarde toujours les achats des gens, mais là je suis concentrée sur la femme qui rit et appelle son mari "mon cœur". Je me dis que ce doit être un couple recomposé, l'homme est derrière moi et son odeur m'arrive au nez : un mélange d'eau de Cologne bon marché, de tabac et de whisky.
Lorsque tu bois tout les jours, même pas forcément jusqu’à t'en faire gerber, ta peau change d'odeur, le tabac amplifie ce phénomène. Chaque alcool laisse une odeur différente sur la peau des gens, y'a que la vodka que j'ai un peu de mal à identifier.
Je ne sais pas si je dois trouver ce don absolument exceptionnel ou triste à pleurer, je suppose qu'il en dit long sur mes connaissances et mes choix de vie. Le plus triste surement est que je trouve ce mélange alcool + tabac + parfum cheap relativement rassurant, une sorte de baba au rhum de Proust, un truc dans lequel j'ai, pendant l'espace d'une seconde, envie de me rouler en boule dedans.

1 commentaire:

  1. Ton message me fait penser à un chouette texte, je te le passerai à l'occasion.

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