mardi 25 juin 2013

On fait le bilan calmement

Je n'arrive pas à trouver de bon moment pour écrire ce texte, et je crois que c'est parce qu'il n'y aura jamais de bon moment. C'est important que je le fasse, pour plus tard, pour me souvenir.

Je suis arrivé à Independanceville il y a trois ans et demi, avec un sac à dos et mon dossier pour m'inscrire à la fac. J'étais partis de chez ma grand-mère (loin) et je faisais l'aller retour dans la journée.
J'y suis retourné une semaine plus tard avec mon même sac à dos, pour commencer les cours et je dormais chez ma meilleure amie. Quand je me remémore ces souvenirs, j'ai comme un goût dans la bouche, de bonbons, de subway végétariens (mes premiers) et de larmes salées, c'est le goût de l'indépendance et de la liberté. Je m'étais sauvée enfin, j'avais fui et je prenais mon destin en main, il s'avère que ça a été plus compliqué que sur le papier, mais je me souviendrais toujours de cette sensation au creux de mon ventre, de cette ville qui fourmillait de promesses, d'avenir, de perspectives et d'envie de vivre. Si je fais le bilan, j'y ai vécu trois ans et demi, j'ai eu deux appartements, trois restaurants préférés, bu au moins 50 bouteilles de champagne, eu deux dépressions, découvert une vocation, eu quatre boulots, appris quatre langues,acquit trente appareils photo, je me suis engueulé trois cents fois avec mes parents, été six fois à l'hôpital, eu un rat et deux chats, eu les cheveux bleus trois fois, j'ai perdu six boules de pierçing, j'y ai fait deux tatouages, je m'y suis fait deux vraies amies et un meilleur ami pour la vie et j'y ai vécu trois histoires d'amour et je suis tombé amoureuse une fois. Je ne peux dire combien de litre de liquide salé ont débordé de mes yeux, ni combien de sourire se sont dessinés sur mes lèvres, j'ai des regrets, des trucs que je n'ai pas eu le temps de faire, c'est pas dramatique, ça me donne juste envie de vivre de manière plus intense la prochaine fois. Je sais que je ne pouvais pas rester plus, je suis parti un peu sur un coup de tête mais c'était le mieux à faire,j'étais arrivée au bout de mon amour pour Independanceville. Je l'ai épuisée jusqu'à la moelle, j'ai pris tout ce que je pouvais, j'ai enregistré dans ma tête toutes ces images les tristes et les jolies : le ciel violet du balcon, les éclairs les soirs de forte chaleur,la cathédrale illuminée,le marché de Noël, la gare,le soleil les fins de dimanche sur les brocantes,son regard au Fort, les yeux rieurs d'Elsa, le jour qui se lève sur le parc du centre, toutes ces odeurs : l'odeur de vacances dans le couloirs, l'odeur de la 2cv, celle de l'herbe mix goudron chaud après la pluie, celle de la crème solaire et de la peinture, des cigarettes menthol ...
C'est la fin d'une époque, de certaines envies, je ne sais pas où je vais mais je sais que j'ai fait pour le mieux.

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